THEOLOGIE DU CRIME

Laïcité : (2) Liberté des cultes et religions du crime

Les religions monothéistes ont toutes ce point commun : elles se sont créées sous la contrainte des peuples et dans la violence pour imposer le dieu unique. La Bible attribue à Moïse le massacre de trois mille hommes qui rendaient le culte à d'autres idoles.

N mot colle sans cesse à la semelle des religions : « intolérance ». La dénégation opposée à quiconque de penser différemment, de ne pas croire comme tout le monde, n'est pas un phénomène récent. Socrate, illustre philosophe athénien, trois siècles avant J.-C., paya de sa vie de s'être détourné des dieux de la cité pour en vénérer d'autres. Traduit en justice, il fut condamné à boire une tisane mortelle à la cigüe.

Dans cette affaire, l'intolérance religieuse vint du tribunal populaire qui avait charge de dire la loi. Au moment de l'apostasie de Socrate, Athènes venait de perdre une guerre contre les Spartes. Les Athéniens cherchèrent des boucs émissaires dans les milieux intellectuels. Ils trouvèrent Socrate qui se démarquait radicalement des superstitions et croyances les plus communes.

Une autre forme d'intolérance nous vient d'un dieu exigeant l'exclusivité du culte d'un peuple choisi avec lequel la divinité conclut un pacte d'Alliance  en échange d'une terre d'élection. Ce sont les mythes d'Abraham et Moïse fondateurs des trois religions monothéistes, Judaïsme, Christianisme, Islam.

Que les dieux soient intolérants entre eux ne serait pas un problème en soi. Le vrai drame est que les humains se fassent la guerre, s'entre tuent, au nom de divinités censées être d'insondables puits de bonté et d'amour. Mais laissons les dieux de côté pour s'intéresser essentiellement aux comportements humains.

Regardons, par exemple, vers l'Egypte antique. Amenhotep IV (vers 1340 avant J.-C.), dixième pharaon de la XVIIIè dynastie pharaonique, impose dans son royaume le culte à Aton personnifié par le disque solaire. Ce souverain mystique changea de nom pour devenir Akhenaton signifiant "utile à Aton".

A la neuvième année de son règne, Akhenaton ordonna de détruire les images de cultes d'anciennes divinités, priva le clergé de ressources et de prérogatives particulières. Sa réforme religieuse, par la suppression de certains cultes, la fermeture de temples, la confiscation de biens du clergé, la dégradation des effigies divines eu pour conséquence la désorganisation d'une économie basée à la fois sur le troc et sur le partage.

Les richesses des temples issus de l'agriculture et de l'élevage n'entrant plus dans le système de répartition, les populations souffrirent de la raréfaction des produits vitaux. Sous la poussée d'un clergé déchu mais toujours influent, une grande partie du peuple considérera Akhenaton comme un pharaon « hérétique ».

A sa mort, les cultes anciens furent rétablis, les temples rouverts ou reconstruits. Ses successeurs s'appliquèrent à effacer les années d'un règne gâché. La mémoire d'Akhenaton tomba très vite dans l'oubli. Ce fut l'échec d'un monothéisme d'Etat.

Akhenaton (musée du Caire), le pharaon fondateur d'une religion monothéiste.

Les scribes de la Bible se sont inspirés de lui pour bâtir une partie du personnage mythique de Moïse, dans la version "Exode" et combat contre les idoles.

Une représentation du culte au disque solaire rayonnant (Aton) rendu par Nefertiti et son époux Adkhenaton.

Selon la Bible, Moïse fit massacrer trois mille hommes

qui s'étaient détournés de son dieu unique

"Tu ne tueras point", dit l'un des commandements reçus par Moïse, selon le mythe biblique. Cet ordre divin fit exception lorsque des compagnons de Moïse adorèrent leurs propres idoles. Le Livre de l'Exode enseigne que Moïse en fit périr trois mille.

Dans le Livre de l'Exode, la bible dit que la relation du dieu de Moïse avec son peuple débuta par un bain de sang

Le modèle d'un dieu unique et exclusif ne fut cependant pas oublié par tous. De ce pharaon serait né le mythe de Moïse, de l'Exode et d'une rencontre sur le mont Sinaï avec un dieu dictant une loi pour diriger son peuple.

Appliquant à la lettre la loi, Moïse (selon le Livre de l'Exode) condamna implacablement ceux de son peuple se livrant au culte des idoles. Ceux qui continuèrent de désobéir tués : « Les enfants de Lévi firent ce qu’ordonnait Moïse ; et environ trois mille hommes parmi le peuple périrent en cette journée ». (Livre de l'Exode).

Ce massacre au nom d'un dieu, pour le servir, reste l'une des manifestations les plus édifiantes d'intolérance.

Certes, Moïse n'a historiquement pas existé. Sous ce nom, les scribes de la Thorah ont réuni plusieurs personnages, réels ou mythiques, tel Akhenaton, ou le roi Sargon, ou quelque prince d'Egypte en révolte contre son pharaon. Les « trois mille hommes » qui périrent en une journée sont également à prendre dans une portée symbolique. Trois mille signifiant qu'il y eu de très nombreux tués lors d'un massacre à finalité religieuse. Dieu est ici le passeport justifiant le bain de sang.

 

Aztèques et Incas pratiquaient les sacrifices humains

pour obtenir des grâces divines

La vie humaine n'aurait-elle donc aucune valeur lorsqu'il s'agit de faire valoir la prédominance d'un dieu, ou de le servir pour s'attirer ses grâces ?

L'Histoire des civilisations aztèques, en terres mexicaines, relate les rituels cosmogoniques accompagnés de sacrifices humains. Le mythe de la création du monde soutenait que la déesse Tlaltecuhtli (figurant la Terre) réclamait des cœurs humains et refusait de donner ses fruits tant qu'elle n'était pas arrosée de sang.

Toutefois, l'invocation des dieux réclamant de tels sacrifices n'étaient pas seulement religieuse mais politique. Dans un empire aztèque agité par les révoltes contre la tyrannie, une façon de maintenir le peuple dans la peur et la terreur consistait à organiser de grands sacrifices rituels de prisonniers – otages ou opposants – raflés dans les villages et les quartiers des grandes cités. Le peuple devait assister à ces boucheries sur des autels dressés au sommet de pyramides.

 

Au pays des Incas, dans les Andes d'Amérique du Sud, il y eut à craindre pour les enfants qui pouvaient être sacrifiés pour épargner le pays de calamités et de cataclysmes, assurer le souverain d'une bonne santé et de guerres victorieuses. Les rituels sanguinaires, liés à des superstitions, des croyances mélangées de traditions tribales et de cultes chrétiens durèrent jusqu'au XXè siècle, de façon clandestine, avant d'être définitivement éradiqués.

 

Au pays des Incas (Pérou) des enfants furent sacrifiés jusqu'au début du XXè siècle

Le culte des dieux chez les Aztèques était aussi une façon de tenir le peuple dans la peur lorsqu'il se révoltait contre la tyrannie. De véritables boucheries pouvaient être organisées sur les autels dressés au sommet de pyramides.

Quand les moines en appelaient au bain de sang "contre les impies"

Mourir pour son dieu et pour gagner des galons de sainteté n'est pas une idée prêchée uniquement par les nouveau califes aux djihadistes du 21è siècle.

 

Entre le mythique Moïse qui fit passer de vie à trépas une partie de son peuple qui se détournait de son dieu pour d'autres idoles, et le moine Bernard de Clairvaux, dont l'Eglise catholique fit l'un de ses saints, la distance est mince. Selon ce moine, « donner la mort pour le Seigneur » n'avait rien de criminel, mais au contraire était glorieux.

Dans son « Eloge de la Nouvelle Chevalerie », s'adressant à Hugues, soldat du Christ, et maître de la milice, son propos n'était qu'appel au crime qui serait de nos jours condamnable par les lois de la République française. .

 

Bernard de Clervaux enseignait le meurtre

des impies et des hérétiques "pour la gloire du Christ"

Ce "saint" de l'Eglise catholique romaine a écrit dans son "Eloge de la Nouvelle Chevalerie" des propos d'une intolérance et d'une violence inouies qui lui vaudraient de nos jours d'être jugé en cour d'assises et lourdement condamné pour appel au meurtre collectif et terrorisme.

Voici un extrait de cet ouvrage.

Mais les soldats du Christ combattent en pleine sécurité les combats de leur Seigneur, car ils n’ont point à craindre d’offenser Dieu en tuant un ennemi et ils ne courent aucun danger, s’ils sont tués eux-mêmes, puisque c’est pour Jésus-Christ qu’ils donnent ou reçoivent le coup de la mort, et que, non seulement ils n’offensent point Dieu, mais encore, ils s’acquièrent une grande gloire : en effet, s’ils tuent, c’est pour le Seigneur, et s’ils sont tués, le Seigneur est pour eux ; mais si la mort de l’ennemi le venge et lui est agréable, il lui est bien plus agréable encore de se donner à son soldat pour le consoler.

Ainsi le chevalier du Christ donne la mort en pleine sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée ; il est le ministre de Dieu, et il l’a reçue pour exécuter ses vengeances, en punissant ceux qui font de mauvaises actions et en récompensant ceux qui en font de bonnes. Lors donc qu’il tue un malfaiteur, il n’est point homicide mais malicide, si je puis m’exprimer ainsi ; il exécute à la lettre les vengeances du Christ sur ceux qui font le mal, et s’acquiert le titre de défenseur des chrétiens.

Vient-il à succomber lui-même, on ne peut dire qu’il a péri, au contraire, il s’est sauvé. La mort qu’il donne est le profit de Jésus-Christ, et celle qu’il reçoit, le sien propre. Le chrétien se fait gloire de la mort d’un païen, parce que le Christ lui-même en est glorifié, mais dans la mort d’un chrétien la libéralité du Roi du ciel se montre à découvert, puisqu’il ne tire son soldat de la mêlée que pour le récompenser.

Quand le premier succombe, le juste se réjouit de voir la vengeance qui en a été tirée ; mais lorsque c’est le second qui périt " tout le monde s’écrie : Le juste sera-t-il récompensé ? Il le sera, sans doute, puisqu’il y a un Dieu qui juge les hommes sur la terre " (Ps LVII, 11). Il ne faudrait pourtant pas tuer les païens mêmes, si on pouvait les empêcher, par quelque autre moyen que la mort, d’insulter les fidèles ou de les opprimer. Mais pour le moment, il vaut mieux les mettre à mort que de les laisser vivre pour qu’ils portent les mains sur les justes, de peur que les justes, à leur tour, ne se livrent à l’iniquité.

 

Ce moine, Bernard de Clairvaux, fondateur de l'ordre des Cistérciens, est toujours considéré par l'Eglise catholique romaine comme l'un de ses saints.

Il appelait les "chevaliers du Christ à donner la mort aux impies", sans craindre d'être condamnés à l'enfer éternel.

"Le chrétien se fait gloire de la mort d'un païen" écrivait-il.

L'Inquisition : l'apogée de l'obscurantisme

La torture fut l'un des moyens les plus usuels employés par les Inquisiteurs pour contraindre des personnes soupçonnées d'actes contraires à ceux autorisés par l'Eglise catholique, à passer aux aveux ou à renier leur propre religion.

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La période inquisitoriale de l'Eglise catholique romaine laissa derrière elle un très long cortège de morts, torturés, démembrés, décapités, brûlés vifs, ainsi que des viols et d'autres atrocités relevant bien plus de comportements psychopathes que de la foi.

Les autorités romaines d'aujourd'hui ont toujours grande difficulté à dénoncer ouvertement ce passé qui n'a rien à envier aux pratiques immondes des clans, tribus et califats autoproclamés qui tuent aveuglément et terrorisent au nom de leur dieu.

L'Histoire est là pour le dire : il y a 800 ans environ, l'Eglise romaine ne faisait rien d'autre que les Talibans et les djihadistes du Moyen-Orient du 21è siècle. Pas seulement pour une gloire divine, mais surtout pour asseoir son propre pouvoir et dominer le monde à travers des princes « de droit divin ».

L'Inquisition, en tant qu'institution, fut créée au XIIème siècle – le siècle de l'élévation des cathédrales gothiques en France et des croisades.

Il s'agissait de lutter contre la scission cathare, mouvement religieux qui se détournait d'une Eglise catholique croulant sous les richesses et les privilèges pour créer un autre Eglise, pauvre et ascétique.

En finir avec les Cathares ne fut pas le seul objectif initial. Rome voulait aussi mettre un arrêt au développement des communautés « béguines ». Il s'agissait de communautés de femmes, réunies par la foi chrétienne, qui endossaient l'habit de religieuse sans prononcer de vœux. A la différence des ordres féminins cloîtrés, elles exerçaient leur ministère de façon ouverte, vers le peuple. Principalement vers les pauvres, leur apportant des soins, de la nourriture, du réconfort, dans la mesure de leurs possibilités.

N'ayant pas prononcé de vœux en religion, elles restaient donc indépendantes et n'avaient pas de comptes à rendre à l'évêque ou à Rome. L'idée que des êtres humains, et à plus forte raison des femmes, puissent s'émanciper hors d'elle devint insupportable à cette Eglise. Condamnées par le pape pour hérésie elles furent persécutées, voire conduites au bûcher.

En Italie, Espagne, Portugal, France, et dans plusieurs autres pays d'Europe, l'Inquisition fut aussi l'ère de la chasse aux sorciers(cières), aux Protestants, Juifs, Musulmans ainsi que celui de la censure d'auteurs majeurs dont les œuvres furent classés à l'Index.

A l'obscurantisme religieux, les philosophes opposèrent le « siècles des Lumières » conduisant vers la séparation des affaires de l'Etat et des affaires de l'Eglise.